Six of Crows, tome 1

Ce premier tome fut tout à la fois un véritable coup de cœur et une lecture coupable. J'ai adoré plonger la tête la première dans cet univers moite, plein de brouillard et de recoins obscurs... Les plans tortueux de Kaz, lieutenant du gang des Dregs et criminel accompli, ont nourri ma lecture de délicieux rebondissements.



Lecture de Java, acte II :


Je ne savais pas à quoi m'attendre en ouvrant ce livre. En toute honnêteté, j'étais un peu effrayée par la catégorisation de Six of Crows : Young Adult. J'avais peur de lire quelque chose de médiocre, de peu travaillé, de plat. Et surtout, summum de l'horreur à mes yeux, un ouvrage bourré de personnages stéréotypés et sans profondeur. Fort heureusement, ce ne fut pas le cas.


Cela fait maintenant quelques temps (quelques années en réalité) que l'on me conseille vivement de me plonger dans l'univers de Kaz et ses cinq acolytes, dont l'association est bien plus qu'incongrue. Jusqu'ici, je n'avais pas (je l'admets) tout à fait confiance à mes amis sur ce point ; j'ai toujours ce je-ne-sais-quoi qui grommelle en moi lorsque l'on me tanne avec une saga qui fait un carton. Et puis, je me suis rappelée que je pensais la même chose de La Passe-Miroir... jusqu'au jour où je l'ai lu. Alors oui, je me suis laissée tenter.


Est-ce que j'ai été déçue ? Disons que non, sacrément que non ; au fond, je ne suis pas entièrement satisfaite de ma lecture. Mais pas tout à fait par rapport aux aspects auxquels je m'attendais.



Fiche d'identité


Titre : Six of Crows

Auteur : Leigh Bardugo

Éditeur : Milan

Date de parution : 2016

Nombre de pages : 559

Genre : Fantasy

Prix : 17,90 €

Résumé : Ketterdam : une ville grouillante de malfrats où tout s’achète si on y met le prix. Ce principe, personne ne l’a fait autant sien que Kaz Bekker, dit « les Mains Sales ». Quand le voleur se voit offrir une mission impossible mais qui le rendra riche, il réunit son équipe : un soldat assoiffé de vengeance, un tireur d’élite accro au jeu, un jeune fugueur des beaux quartiers, une espionne défiant les lois de la gravité, et une Grisha aux puissants pouvoirs magiques. Six dangereux hors-la-loi seuls capables de sauver le monde – s’ils ne s’entretuent pas avant...


Un page-turner digne de ce nom


La moindre des choses que l'on puisse accorder à Six of Crows, c'est que la mention de page-turner qu'il arbore si fièrement n'est pas volée. J'ai beau cruellement manquer de temps en ce moment, cela ne m'a pas empêchée de dévorer le tome 1 en quelques heures (en réalité, cela s'est échelonné sur une semaine, mais quand on n'a pas le temps... eh bien, on n'a pas le temps). Kaz et sa bande nous entraînent dans un univers retors, plein de rebondissements et d'intrigues sous-jacentes qui font à mon sens la force majeure de ce premier tome.


D'une part, l'intrigue principale nous amène à nous poser une myriade de questions quant à la réalisation hypothétique de cette quête folle et empreinte d'une cupidité incommensurable ; pourtant, nombre des personnages que le lecteur juge de prime abord creux ou entièrement motivés par l'appât du gain se révèlent beaucoup plus profond que cela.


Au fil des pages, ils déroulent leurs propres histoires, leurs propres blessures et leurs propres objectifs ; en réalité, l'intrigue principale est loin de résumer cette complexité et cet enchevêtrement de personnalités et de volontés bigarrées.


Des personnages en chair et en os


Je l'avoue, ce que j'ai le plus apprécié avec l'histoire, c'est bien les personnages. Il s'agit de l'un de mes critères principaux : à mon sens, ils sont le ciment d'une narration. Sans eux, il ne reste que la beauté du geste ; malheureusement, je ne suis pas suffisamment esthète pour cela.


Qu'il s'agisse de Kaz (que j'imagine très clairement comme un sosie d'Albator, excusez du peu), Jesper, Wylan, Matthias, Inej ou encore Nina, je les ai tous aimés. Certes, j'ai mes petites préférés, mais je n'ai jamais été (complètement) agacée ou frustrée à cause de leur manque de profondeur. Leurs leitomotiv respectifs sont cohérents, forts et suffisamment crédibles pour ponctuer l'histoire sans en casser le rythme effréné.


Je dois avouer que j'ai surtout ressenti beaucoup d'empathie pour les Six of Crows dans leur ensemble ; il s'agit là de l'une des qualités majeures de la construction des personnages. Se sentir suffisamment concerné et proche des personnages pour tourner fébrilement la page dans l'espoir de les voir se sortir de l'épais fumier dans lequel ils se sont empêtrés est la principale cause de cette lecture éclair.


Mais ce n'est malheureusement que la bonne raison.


Une traduction aux petits oignons... cramés


Eh bien, oui, il y a une mauvaise raison à cela : l'écriture. J'ai cessé de compter mes soupirs de dépit à la quinzième coquille repérée. Outre l'absence quasi totale de scènes descriptives et de vocabulaire un tant soit peu élaboré, la qualité de la traduction et du travail éditorial m'ont clairement arraché des exclamations outrées.


Je passe encore sur l'écriture assez pauvre, qui sabre allégrement la description : cela convient à un page-turner et un roman YA, d'autant que l'ambiance parvient malgré tout à s'imposer à mon esprit. Mais je tiens sincèrement à remettre en cause le travail de traduction et d'édition réalisé sur cet ouvrage : des coquilles sont présentes, des mots mal utilisés ("âpres" au lieu de "âcres" par exemple, ou encore "prendre une profonde respiration" à la place de "profonde inspiration"), des anglicismes terribles...


Il m'en est devenu difficile d'imaginer qu'un professionnel se soit penché sur ce texte. En un sens, je comprends tout de même : la traduction et l'édition ont très probablement été réalisés en des temps records, mais là encore cela ne justifie pas un tel travail bâclé.


Milan, je vous juge très fort.


En résumé


Je n'ai pas été séduite par la qualité de l'écriture et surtout par la grande médiocrité de cette traduction, cependant je ne peux que m'avouer vaincue : ce fut tout de même un coup de cœur. Leigh Bardugo a réussi à m'emporter dans un tourbillon de suspense et de rebondissements, passant outre le travail éditorial bâclé de ce premier tome. C'est une belle victoire pour elle, car je dois admettre être très sensible à l'écriture d'un ouvrage.


Je me suis laissée attendrir par ces personnages aux cœurs de pierre, et surtout par cette histoire folle qui n'en finit plus de nous abîmer le bout des doigts sur le coin des pages, avide de lire la prochaine phrase. L'ambiance est également au rendez-vous : j'ai une vision très claire de Ketterdam, malgré la retenue des descriptions. Brouillard, crasse et bruit font partie de ce charmant tableau.


Je conseille vivement cette lecture à tous les amateurs de fantasy, puisqu'elle parvient à m'arracher un 4,3/5 malgré une traduction qui m'a plus d'une fois arraché une grimace douloureuse.


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